Un salarié colle une commande « pour prouver qu’il n’est pas un robot », un pare-feu non corrigé laisse entrer un intrus, un appel au support informatique suffit à réinitialiser un mot de passe : en 2026, les pirates entrent rarement par la force. Ils exploitent ce qui est déjà ouvert, déjà autorisé ou déjà fiable. Voici les méthodes d’intrusion qui dominent aujourd’hui, ce que disent les chiffres officiels, et les parades concrètes pour une PME.
L’essentiel en 30 secondes
- L’exploitation de vulnérabilités est devenue le premier vecteur d’entrée, devant les identifiants volés (Verizon DBIR 2026).
- Les équipements de bordure (VPN, pare-feu, passerelles) restent la cible privilégiée selon l’ANSSI.
- Près d’une violation sur deux implique désormais un tiers : prestataire, éditeur ou fournisseur.
- Les attaques « sans malware » se multiplient : faux CAPTCHA, appels au support, outils d’administration légitimes détournés.
- La parade tient en quatre mots : corriger vite, authentifier fort, surveiller, sauvegarder.
Ce que disent les chiffres en 2026
Dans son Panorama de la cybermenace 2025, publié le 11 mars 2026, l’ANSSI a traité 3 586 événements de sécurité, dont 1 366 incidents. Les secteurs les plus touchés sont l’enseignement et la recherche (34 %), les ministères et collectivités (24 %), la santé (10 %) et les télécommunications (9 %). L’agence souligne deux tendances : la place centrale des équipements exposés sur Internet comme porte d’entrée, et un « brouillard » croissant entre acteurs étatiques et cybercriminels, qui partagent outils et méthodes.
Le Verizon Data Breach Investigations Report 2026, qui analyse plus de 22 000 violations confirmées, va dans le même sens : l’exploitation de vulnérabilités devient le premier vecteur d’accès initial (31 %), devant l’abus d’identifiants (13 %). Un tiers est impliqué dans 48 % des violations, contre 30 % un an plus tôt, et le rançongiciel apparaît dans près d’une violation sur deux. Signe inquiétant : seul un quart des vulnérabilités critiques activement exploitées a été entièrement corrigé, avec un délai médian passé de 32 à 43 jours.
Côté TPE et PME, Cybermalveillance.gouv.fr observe une hausse de 52 % des piratages de comptes et de 170 % des fraudes au virement. Et 80 % des petites entreprises reconnaissent ne pas être préparées à une cyberattaque, ou ne pas savoir si elles le sont.
Les 7 méthodes d’intrusion qui dominent
1. L’exploitation des équipements de bordure
VPN, pare-feu, passerelles de messagerie, NAS exposés : ces équipements sont accessibles depuis Internet, rarement surveillés, et leurs failles sont exploitées massivement dans les jours qui suivent leur publication, parfois avant. Un pare-feu non mis à jour devient la porte d’entrée idéale : il voit passer tout le trafic et dispose souvent de comptes à hauts privilèges. Voir notre méthode pour prioriser les correctifs urgents.
2. Les identifiants volés par les « infostealers »
Des logiciels espions discrets, souvent cachés dans de faux logiciels gratuits ou des extensions de navigateur, aspirent mots de passe et cookies de session. Ces données sont revendues sur des places de marché spécialisées à des « courtiers d’accès initial ». Résultat : l’attaquant se connecte normalement à votre messagerie ou à votre VPN, sans déclencher d’alerte. Le vol de cookies permet même de contourner la double authentification.
3. ClickFix et les faux CAPTCHA
La victime arrive sur une page qui affiche une fausse vérification (« prouvez que vous êtes humain », « corrigez cette erreur d’affichage ») et lui demande d’appuyer sur Windows + R puis de coller une commande. C’est elle qui installe le logiciel malveillant, ce qui contourne de nombreuses protections. ESET avait mesuré une hausse de plus de 500 % de cette technique dès le premier semestre 2025, et elle s’est depuis déclinée en de nombreuses variantes.
4. L’ingénierie sociale par téléphone
Le pirate appelle le support informatique en se faisant passer pour un salarié qui a « perdu son téléphone » et obtient la réinitialisation de son mot de passe ou de sa double authentification. Variante : il appelle le salarié en se présentant comme le support. Ces scénarios visent les procédures humaines, pas la technique. Les voix clonées par IA les rendent encore plus crédibles.
5. Le détournement d’outils légitimes
Plutôt qu’un virus détectable, l’attaquant installe un outil de prise en main à distance (ScreenConnect, AnyDesk, logiciel de gestion de parc) ou utilise PowerShell et les outils natifs de Windows. Ces logiciels sont signés, légitimes, et passent sous le radar d’un antivirus classique.
6. La compromission d’un tiers
Prestataire informatique, éditeur de logiciel, fournisseur qui envoie des factures : compromettre un seul acteur ouvre la porte à tous ses clients. C’est l’une des tendances les plus nettes de 2026, que nous détaillons dans notre article sur les attaques contre les prestataires informatiques.
7. La fraude par compromission de messagerie
Une boîte e-mail piratée est observée pendant des semaines, puis l’attaquant envoie, depuis la vraie adresse, une facture avec de nouvelles coordonnées bancaires. Pas de malware, pas de pièce jointe piégée : seulement un RIB modifié. C’est la raison de l’explosion des fraudes au virement.
Exemples récents en France
Les recensions hebdomadaires de la presse spécialisée montrent que les petites structures restent en première ligne. Mi-septembre 2026, une communauté de communes de l’Orne a ainsi signalé une intrusion sur son serveur de messagerie, avec vol de données personnelles, tandis qu’une association mémorielle d’Indre-et-Loire voyait vingt ans d’archives chiffrées par un rançongiciel. Durant l’été, la DGFiP a révélé que des identifiants compromis avaient permis d’extraire des données fiscales de 678 000 particuliers et professionnels.
Les parades, méthode par méthode
| Méthode | Parade prioritaire | Effort |
|---|---|---|
| Équipements de bordure | Inventaire des équipements exposés, correctifs sous 72 h pour les failles exploitées | Moyen |
| Infostealers | Interdiction des logiciels non approuvés, navigateur géré, MFA résistante au phishing | Moyen |
| ClickFix | Sensibilisation ciblée, blocage de l’exécution de commandes copiées (stratégies Windows) | Faible |
| Appels au support | Procédure de rappel au numéro connu, vérification d’identité formalisée | Faible |
| Outils légitimes détournés | Liste blanche des outils de prise en main, alerte sur toute nouvelle installation | Moyen |
| Tiers compromis | Accès des prestataires limités, nominatifs, journalisés et protégés par MFA | Moyen |
| Fraude au virement | Règle écrite : tout changement de RIB est vérifié par téléphone | Faible |
Ces mesures s’inscrivent dans un socle plus large, détaillé dans nos 12 mesures prioritaires pour les TPE et PME. Et parce qu’aucune protection n’est infaillible, gardez des sauvegardes immuables et préparez votre réponse à incident.
Questions fréquentes
Quelle est la méthode d’attaque la plus courante en 2026 ?
L’exploitation de vulnérabilités, notamment sur les équipements exposés à Internet, est devenue le premier vecteur d’entrée, juste devant l’utilisation d’identifiants volés. L’hameçonnage reste toutefois le point de départ de très nombreuses attaques contre les petites structures.
Un antivirus suffit-il face à ces nouvelles méthodes ?
Non. Plusieurs techniques n’utilisent aucun fichier malveillant : connexion avec un mot de passe volé, outil légitime détourné, fraude par e-mail. Il faut combiner mises à jour, authentification forte, surveillance des comptes et procédures humaines.
Les petites entreprises sont-elles vraiment visées ?
Oui. Les attaques sont largement automatisées et visent les systèmes vulnérables quelle que soit la taille de la victime. Les TPE et PME, moins protégées, représentent une grande majorité des victimes de rançongiciels.
Par quoi commencer cette semaine ?
Vérifiez que vos équipements exposés (pare-feu, VPN, NAS) sont à jour, activez la double authentification sur la messagerie et les accès à distance, et formalisez la règle de vérification des changements de RIB.
Sources
- ANSSI, Panorama de la cybermenace 2025 (mars 2026).
- Verizon, Data Breach Investigations Report 2026 (mai 2026).
- Cybermalveillance.gouv.fr, communiqué MalletteCyber Pro (juin 2026), chiffres de l’État de la menace 2025 et enquête OpinionWay.
- LeMagIT, Cyberhebdo du 18 septembre 2026.
- Help Net Security, rapport ESET H1 2025 sur ClickFix.
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